Tolstoï, fuyant sa maison et les siens, tomba malade dans une gare perdue, à Astapovo. Il y mourrait une semaine plus tard, le 7 novembre 1910. Pendant sept jours, le télégraphe servit de lien unique entre Astapovo et le monde. Les copies des dépêches, conservées dans les archives, furent retrouvées et réunies en volume. Elles constituent l’ossature de ce livre. Tous les faits relatés sont authentiques, toutes les citations littérales, tous les détails conformes à la réalité. Quelques répliques ou remarques, ajoutées de-ci de-là, sont écrites dans le prolongement des témoignages télégraphiques, nécessairement brefs.
Vladimir Pozner
Les premiers mots
Le 1er novembre 1910, à 10 h 10 du matin, un télégramme est remis au guichet de la petite gare d’Astapovo, sur la ligne de chemin de fer Riazan-Oural.
"Hier suis tombé malade. Voyageurs m’ont vu, affaibli, descendre du train. Crains que la nouvelle ne se propage. Aujourd’hui, amélioration. Poursuivons voyage. Prenez mesures. Tenez-nous au courant."
A propos de…
Un roman-documentaire sur les derniers jours du grand écrivain.
Nicole Zand, Le Monde, 1992
Je me souviens, moi aussi. Je me souviens d'un livre qui était posé par terre, dans un jardin, à côté d'un fauteuil d'osier vide. Bien avant la guerre. J'empruntai le fauteuil, et le livre. Il était question, à la première page, d'une petite gare, sur une plaine, sans rien autour, la nuit déjà tombée. Les trains jamais ne s'arrêtaient, dans cette gare. Et ce soir-là, le chef de gare tendait l'oreille, passait sa veste, sortait en courant de sa chambre : mais oui, le train freinait, s'arrêtait. Une jeune femme en descendait, qui aidait un vieux monsieur souffrant. Le train repartait. Et le chef de gare courait changer les draps du seul lit de la station, le sien. C'est le début d'un chef-d'œuvre, Tolstoï est mort, de Vladimir Pozner.
Michel Cournot, Le Nouvel Observateur, 1972
Le livre est monté comme un film. Ce grand événement de la mort de Tolstoï se reflète simultanément dans les lettres des siens, dans les articles des journalistes, dans les dépêches des adversaires et disciples lointains. Il en résulte une impression frappante de vérité.
Le Bulletin des Lettres, 1935
Ce livre est saisissant comme la vie, angoissant parfois comme la mort elle-même qui est présente.
L'Echo de Paris, 1935
La sobriété du récit, l'absence de toute rhétorique donnent à ce livre un cachet de vérité impossible à dépasser. On vit le drame soi-même.
Maurice Daubrive, Miroir du Monde, 1936
Bien sûr, la littérature française et étrangère, à partir de la deuxième partie des années vingt, expérimente le montage et l’intégration de documents bruts – prospectus, affiches, extraits de journaux, etc. Tolstoï est mort a en ce sens des précédents fameux. Mais rien pourtant d’aussi radical à ma connaissance que Tolstoï est mort.
Valérie Pozner, Journées Vladimir Pozner, Maison des écrivains, Paris 2005